8 mars 2020 : ni fête, ni hommage, mais une journée de lutte pour les droits des femmes

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Crédit photo : Vincent Reynaud-Lacroze

La 43ème journée internationale des femmes sera célébrée le 8 mars prochain, probablement à grands renforts marketing. Pourtant, l’année 2020, qui célèbre les 25 ans de la Déclaration de Beijing, aurait de quoi redonner au 8 mars ses traits originels de lutte pour les droits des femmes.

Ce 8 mars 2020 sera-t-il différent des autres ? Peut-on enfin envisager une véritable journée de lutte pour les droits des femmes, tel qu’à l’origine, cette journée avait été pensée ? Soyons honnêtes, c’est fort peu probable, tant le marketing « Journée de la femme » a  fortement imprégné nos sociétés, nos modes de consommation et nos mœurs. Et pourtant, ce 8 mars 2020 aurait de quoi changer la donne, puisqu’il marque en effet le 25ème anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, soit, à ce jour, «  la feuille de route la plus progressiste en matière d’autonomisation des femmes et des filles partout dans le monde ».

Une avancée marquante pour les droits des femmes

Les Déclaration et le Programme d’action de Beijing, adoptés fin septembre 1995 à l’issue de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, ont sans conteste marqué une avancée sans précédent pour les droits des femmes. Avec pas moins de 17 000 participants et 30 000 activistes, la conférence qui a donné lieu à 15 jours d’intenses débats, s’est achevée sur une vision – un monde où chaque femme et chaque fille pourrait exercer ses libertés et ses choix, connaître et comprendre tous ses droits – et sur un accord entre 189 États pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes partout dans le monde. En matière d’éducation et de formation des filles, l’ambition n’était pas des moindres puisqu’il s’agissait de garantir pour toutes les filles et les femmes le droit à l’éducation, d’éradiquer l’analphabétisme, d’améliorer l’accès à la formation, aux sciences et technologies et à l’éducation tout au long de la vie, d’y allouer les ressources suffisantes et de supprimer toutes les discriminations de genre…

25 ans plus tard, la situation n’est guère parfaite

La Déclaration de Beijing,  et la volonté politique des États à la faire appliquer sur le terrain, ont sans conteste conduit à des améliorations considérables dans la vie des femmes. Néanmoins, force est de constater que l’égalité des sexes, tel que le visait le texte, est encore très loin d’être atteinte. Quel que soit leur pays ou leur niveau social, les femmes subissent toujours de plein fouet discriminations et inégalités de genre. À tout âge de la vie, elles sont ainsi immanquablement celles dont les droits fondamentaux sont bafoués: droit à la vie (la naissance des garçons, en Inde par exemple, est privilégiée à celles de filles), droit à l’identité (les bébés filles sont moins déclarés à l’état civil que les garçons, leur destin se bornant à être femme au foyer), droit à la nourriture (les cas de malnutrition et de retard de développement touchent davantage les filles), droits aux soins (les garçons « jugés » plus essentiels ont plus d’opportunité d’être suivis par un médecin), droits à l’emploi (plus de 25 % des personnes interrogées estiment aujourd’hui qu’ « il est plus important de faire des études universitaires pour les garçons que pour les filles »[1])… Les femmes continuent de représenter à elles seules 63 % des 750 millions d’adultes analphabètes[2]. Chaque année, 15 millions de filles mineures sont mariées. [3] Et environ 16 millions d’entre elles donnent naissance à un enfant ; 18 pays ne disposant d’aucune loi, politique ou stratégie pour protéger le droit des jeunes filles à retourner en classe après une grossesse[4]. Enfin, plus d’un tiers des femmes indique avoir été exposées à des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie[5] (Organisation Mondiale de la Santé). Résultat : en dépit d’années de mobilisation, les femmes comptent donc aujourd’hui parmi les populations les plus vulnérables du monde, notamment dans les pays les moins développés.

2020 sera une année d’engagements pour les femmes

L’anniversaire de la Déclaration de Beijing, qui sera célébré ce mois de mars aux Nations unies, sera donc l’occasion de réaliser un premier bilan et de raviver les ambitions. L’année 2020 devrait être au propice au lancement d’une action d’une envergure mondiale pour les filles et les femmes. Dès juillet 2020, Emmanuel Macron, qui a fait de l’égalité des genres la priorité de son quinquennat, accueillera à Paris le Forum Génération Egalité, un sommet multipartite rassemblant État et société civile et supposé établir un programme d’actions concrètes visant à réaliser l’égalité des sexes d’ici à 2030. En septembre 2020, l’ONU célèbrera, elle, les cinq ans de l’adoption des 17 Objectifs de Développement Durable ( ODD), qui ont fait de l’égalité des genres (ODD5 : « Réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ») une priorité absolue et une condition essentielle à la construction d’un monde plus juste et durable d’ici à 2030. Le programme de l’année est donc chargé. Espérons surtout que cette fois les beaux discours seront suivis de faits. Car d’après le Forum Economique Mondial, au rythme actuel,  il faudra 108 ans pour combler les inégalités entre les femmes et les hommes et 202 ans pour parvenir à la parité dans le monde du travail[6].

Aide et Action se mobilise

Face à une telle menace, Aide et Action a décidé d’accompagner les filles et les femmes sur le chemin de l’éducation, non seulement pour leur apporter le savoir et les connaissances dont elles ont trop longtemps été privées, mais aussi pour les guider sur le chemin de l’égalité, de la liberté et de la citoyenneté active. Au-delà de leur apporter les réponses adaptées à leurs besoins, ce travail de proximité avec les filles et les femmes leur redonnera une voix, celle qui leur a été dérobée il y a des siècles.

Cette parole retrouvée permettra aux femmes de reconquérir leurs pensées, leurs images et de revendiquer par elles-mêmes, à tous les âges de la vie, la totalité de  leurs droits (éducation, santé, protection, nourriture, accès à l’emploi…). L’appui d’Aide et Action, en partenariat avec des ONGs expertes dans chaque secteur, les y aidera.

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[1] UNESCO. 2019. Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 – Rapport sur l’égalité des genres : Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres. Paris, UNESCO

[2] UNESCO. 2019. Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 – Rapport sur l’égalité des genres : Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres. Paris, UNESCO

[3] Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 – Rapport sur l’égalité des genres : Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres, UNESCO, 2019

[4] Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 – Rapport sur l’égalité des genres : Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres, UNESCO, 2019

[5] Organisation Mondiale de la Santé, 2017

[6] Global Gender Gap Report, 2018