Des enseignants témoignent suite aux attentats qui ont frappé Charlie Hebdo en 2015

Après les événements de janvier… paroles rapportées


Les événements de janvier à Paris ont marqué les esprits. En première ligne, l’école a cristallisé attentes et reproches. Tour d’horizon des réactions des premiers concernés.

« Les parents et l’école n’ont plus aujourd’hui le monopole de l’éducation »
Sophie Jehel, docteure en sciences de l’information dans Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ?

« 1 jeune sur 5 croit aux théories du complot »
Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale

« On se heurte au discours de certaines familles. […] Elles disent à leurs enfants de respecter les profs, et dans le même temps les incitent à ne pas tenir compte de ce qu’on leur enseigne. […] Tant que nous représenteront aux yeux de certains l’école sans Dieu, notre enseignement sera contesté. […] La clé ce serait de travailler ensemble avec les parents. »
Vincent Chansel, prof d’histoire-géographie en Seine Saint-Denis, dans un lycée classé ZEP.

« On s’aperçoit que l’accès à l’information est complètement biaisé. Leurs seules sources d’information (ndlr : aux enfants) sont des vidéos sur youtube et les commentaires qui n’engagent que ceux qui les écrivent. Ils regardent très peu la télé, contrairement à ce qu’on pourrait penser. »
Carole Couderc, prof d’histoire-géo dans un collège de Seine Saint-Denis

« Depuis les événements, tout le monde se tourne vers l’école. […] Il faut comprendre que le personnel enseignant n’est qu’un maillon d’une chaîne plus large. En amont, il faut s’attaquer aux causes des inégalités qui creusent un fossé entre les élèves. »
Leyla Ouchelh, institurice en CP à Paris

« Ce n’est pas l’école qui crée l’intégrisme mais les inégalités et l’exclusion. Plus les gens sont inexistants socialement, plus ils sont dans le mal-être, plus ils recherchent des moyens d’exister, c’est tout. »
Pascale, enseignante à Villeurbanne, Rhône

« Il ne faut pas que l’école se replie sur elle-même. […] Il faut favoriser l’action des associations complémentaires de l’école : les associations de quartier, les organisations d’éducation populaire… »
David Dumont, secrétaire général FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Élèves)

« Les enfants regardent des flux d’information, de l’info non analysée. Chez les petits il y a beaucoup d’interprétations extravagantes des événements. Notre travail, c’est de replacer les faits et de rassurer les enfants. »
Sylvie Geoffroy-Martin, enseignante dans le Val d’Oise (participe au projet AECEM)

« Plein d’enfants ont vu la vidéo [ndlr : du policier abattu dans la rue] sans pouvoir en discuter avec leurs parents. En tant que profs, on s’est aperçu que les enfants pouvaient être seuls avec la tablette à la maison. Il a fallu les rassurer. Mais chez nous, avec les instances de vie coopérative, on a des moments quotidiens où les enfants prennent librement la parole. Cela a permis un dialogue serein. Une enfant de 7 ans nous a même dit « Peut-être que s’ils ont fait ça pour régler leurs problèmes, c’est qu’ils n’avaient pas de réunions de régulation ! » C’est une réflexion d’enfant, mais cela montre que ces moments de partage ont du sens pour eux. »
Guillaume Gay, enseignant à Montmagny, dans le Val d’Oise (participe au projet AECEM)

« Tous les ans, je travaille avec les enfants de mon école par petits groupes en extra-muros (dans la case à palabres). Des moments importants pour travailler sur les contes, la convention des droits de l’enfant et l’actualité. Tout récemment, nous en avons parlé des événements de Charlie hebdo qui se sont déroulés en France.C’était un atelier de parole libérée. Chaque enfant racontait à sa manière l’évènement Charlie Hebdo. Nous avons eu des versions diamétralement opposées sur le déroulement des faits. Certains fustigeant les meurtriers sans savoir pourquoi, d’autres, les dessinateurs.
J’ai également raconté ma version et engagé les enfants à discuter avec leurs parents sur la liberté d’expression.
Dans un deuxième temps, avec les mêmes enfants, nous avons eu une discussion autour de la liberté d’expression. Nous avons évoqué le devoir de respecter : la vie privée des autres, la couleur de peau des autres, la religion des autres, les ethnies….( ce sont les enfants qui ont cité)
Tous les enfants sont unanimes à dire que : « la liberté d’expression a des limites, c’est le respect des autres. Des Exemples ont été donnés par eux-mêmes : Ne pas se moquer de la famille de l’autre, de la pauvreté de l’autre, de l’habillement de l’autre, de la religion de l’autre…
Pourquoi il est bon de respecter l’autre ?
Pour les enfants :
– « le respect de l’autre amène la paix et la fraternité.
– Le respect est réciproque »
Durant l’année, les deux classes de CE2 vont travailler sur le respect envers les handicapés et le fait de ne pas se moquer de son prochain. » Pape Meissa Hanne, directeur de l’école Célestin-Freinet à Dagana, Sénégal (participe au projet AECEM)