COVID-19 : une rentrée pas comme les autres

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©Vincent Reynaud Lacroze

Les quelques 12 millions d’enfants et de jeunes français qui reprennent l’école ce 1er septembre en savent quelque chose : la pandémie de la COVID-19 a mis à mal l’éducation et bouleversé nos habitudes scolaires. Dans les pays en développement dans lesquels Aide et Action intervient, la situation est encore plus dramatique : plus de 30 millions d’enfants pourraient ne jamais reprendre le chemin de l’école. 

Pour les 12 millions d’enfants français qui prendront le chemin de l’école le 1er septembre prochain, cette rentrée 2020 aura un goût très particulier. Au programme port du masque obligatoire, mesures de distanciation sociale, protocoles sanitaires sans compter les angoisses et incertitudes face aux risques de contamination. En ce mois de septembre, près de 67 pays, majoritairement en Europe et en Asie Centrale, ont réouvert ou sont sur le point de rouvrir les écoles avec diverses mesures dans chaque pays : recrutement massif d’enseignants pour favoriser les cours en petit groupe en Écosse, réorganisation des classes en petits groupes ayant chacun leur emploi du temps et cours de récréation en Allemagne, prise de températures devant la porte de l’école en Thaïlande, au Danemark ou à Singapour, protection pour les enseignants et les élèves à Djibouti, tandis que d’autres pays comme l’Angleterre ou les États-Unis laissent les contés/districts décider au cas par cas.

Le retour à l’école reste une exception

Mais au final, ce retour à l’école reste plus une exception qu’une norme. Au total près d’un milliard d’élèves selon l’UNESCO sont toujours privés d’éducation et le seront pour quelques temps encore. Et ils ne sont pas seulement privés d’apprentissages. La fermeture des écoles a aussi signifié pour beaucoup d’enfants l’accès à un repas, aux soins médicaux, à un soutien mental, aux jeux, à des enseignants qui servent à la fois de conseils et de protections. Preuve s’il en fallait que les conséquences de la pandémie de la COVID-19 ne sont en effet pas que sanitaires. La crise a touché tous les secteurs de la société. Et dans les pays les plus pauvres, les conséquences sont dramatiques. De nombreux experts avancent même l’idée que la COVID-19 aurait suscité la plus grave crise en éducation que l’histoire n’ait jamais vue.

« La plus grave crise que l’éducation ait connue »

Avant le début de la pandémie, la situation de l’éducation dans le monde n’était déjà guère glorieuse avec 258 millions d’enfants non scolarisés, 617 millions d’enfants scolarisés mais ne sachant ni lire, ni écrire une simple phrase même après 5 ans passés sur les bancs de l’école, et près de 900 millions de jeunes, filles et garçons, sortant de l’école sans aucun diplôme. La crise de la COVID-19 n’a donc eu aucun mal à aggraver la situation de manière brutale et soudaine. Au pire moment de la crise, ce sont ainsi 1.6 milliard d’enfants qui se sont retrouvés déscolarisés dans plus de 185 pays

Près de 30 millions d’enfants pourraient quitter l’école précocement

Afin de garantir la continuité pédagogique, de nombreux états ont lancé dans l’urgence des plateformes et autres applications pour faciliter l’enseignement à distance. Pour autant près de 465 millions d’enfants dans le monde n’ont pu l’utiliser, faute d’accès à internet. À ce nombre s’ajoutent les enfants qui, chez eux, n’ont pas trouvé l’aide et l’attention nécessaire à un enseignement à distance. Plusieurs millions d’enfants, et notamment les plus vulnérables, ont donc cessé pendant des mois de lire, d’écrire, d’apprendre. Ces mois sans éducation seront difficiles, voire impossibles à rattraper et viendront sans aucun doute aggraver la crise des apprentissages qui sévit, en silence, depuis plusieurs décennies. 

La « génération COVID » en danger

Entre les difficultés scolaires à venir, la hausse de la pauvreté et des inégalités, de nombreux enfants seront amenés à quitter l’école précocement. L’UNESCO estime ainsi que que le nombre d’enfants déscolarisés pourraient augmenter de 30 millions.  Si rien n’est fait aujourd’hui pour remédier à ces crises, la « génération covid » comme on la surnomme déjà subira de plein fouet et sur le long terme les conséquences de cette pandémie. D’aucun affirme déjà que la crise de la COVID-19 pourrait empêcher la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable -parmi lesquels 12 années d’éducation gratuite pour tous- que le monde s’était fixé d’ici à 2030 pour construire un monde juste et durable. 

Il y a urgence

Devant une telle situation,  les experts de l’éducation -ONGs et organisations internationales comme l’UNESCO ou la Banque Mondiale– appelle les leaders mondiaux à prendre la mesure de cette crise internationale de l’éducation, à mettre en place les mesures adéquates pour prévenir le décrochage scolaire notamment pour les enfants les plus vulnérables, mais aussi à investir d’urgence dans l’éducation. Le risque est grand en ces temps de restrictions budgétaires, et après plusieurs mois d’une économie mondiale à l’arrêt, de voir les investissements en éducation chuter drastiquement. La Banque Mondiale prévoit ainsi que les dépenses en éducation dans les pays à faible et moyen revenu pourraient chuter de 100 à 150 milliards de dollars en raison de la COVID-19. Même scenario dans les pays développés, où l’aide à l’éducation pourrait être oubliée au profit de secteurs jugés plus essentiels comme la santé. Le GEM Report prévoit ainsi que l’aide à l’éducation, qui avait atteint un plus haut historique en 2018, perdra jusqu’à 2 milliards de dollars d’ici à 2022 et ne retrouvera son niveau actuel que d’ici à 6 ans. Les enfants et les jeunes aujourd’hui privés d’une éducation de qualité ne pourront en aucun cas attendre six longues années. Leur avenir se joue maintenant. 

Aide et Action appelle donc les leaders internationaux à se saisir de la question de toute urgence et à investir massivement dans l’éducation, notamment à destination des populations les plus vulnérables, pour créer un monde plus juste, plus durable et surtout plus résilient face aux crises qui ne manqueront malheureusement pas de se multiplier dans les années à venir.