Droits de l’enfant : un texte fondateur, des avancées majeures mais un sérieux goût d’inachevé !

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La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) fête le 20 novembre 2019 ses 30 ans. L’occasion pour Aide et Action de dresser le bilan et de faire un zoom sur ce texte d’une ampleur historique mais encore très loin d’être appliqué partout et par tous, notamment en matière d’éducation. 

Après 30 ans d’existence, qui aujourd’hui connaît les droits de l’enfant ? Selon une enquête sur l’accès aux droits réalisée en France par la Défenseure des droits (2016), à peine la moitié des personnes interrogées sont capables de citer au moins un droit de l’enfant, et moins d’un quart mentionne le droit de l’enfant à être protégé contre les violences. Il est fort à parier que le texte n’est pas tellement plus connu dans les autres pays du monde. Tant chez les adultes que chez les enfants d’ailleurs : ils sont pourtant les premiers concernés. 

Un texte historique mais méconnu

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), adoptée aux Nations unies en 1989, avait pourtant de quoi être caisse de résonnance tant il a été à l’origine de transformations d’ampleur historique. Elle fut en effet le tout premier traité contraignant à reconnaître que les moins de 18 ans étaient des sujets, détenteurs de droits, et à leur accorder des fondements juridiques pour être des citoyens actifs. Cinquante-quatre articles au total décrivent en détail les droits et la protection accordés aux enfants avec en fil conducteur 4 principes fondamentaux, à savoir l’intérêt supérieur de l’enfant, survie et développement, participation et non-discrimination. En ratifiant le texte, les 196 États (sur 197, seuls les États-Unis ne l’ont pas ratifié) se sont engagés à faire appliquer ces droits et à mobiliser, pour ce faire, un maximum de ressources. Et force est de constater qu’un tel engagement a bel et bien conduit à l’adoption dans chaque pays de lois et politiques garantissant la protection des enfants, à des investissements conséquents dans les services de base essentiels et à transformer la vie de millions d’enfants. 

Des avancées majeures

  • La mortalité de l’enfant à l’échelle mondiale est passée de 93 pour 1 000 naissances vivantes en 1989 à 39 aujourd’hui, soit une réduction absolue du nombre annuel de décès d’enfants de 12,7 millions à 5,4 millions
  • Les retards de développement engendrés par la malnutrition sont passés de près de 40 % à 22 % aujourd’hui.
  • Au niveau mondial, les taux de scolarisation nets pour l’enseignement primaire ont grimpé de 82 % en 1989 à 90 % aujourd’hui
  • Avant 1989, seulement trois pays avaient des lois interdisant tout châtiment corporel sur les enfants. Aujourd’hui, il y en a plus de 50

Mais des millions d’enfants toujours sur le bord de la route

Les avancées sont sans conteste nombreuses et historiques, et pourtant, des millions d’enfants aujourd’hui sont aujourd’hui encore privés de leurs droits fondamentaux. Plus de 150 millions souffrent de la faim ou de retard de développement chronique, la pauvreté s’accroît et touche de plein fouet les enfants, y compris dans les pays développés ; plus de 152 millions d’enfants sont mis de force au travail quotidiennement ; enfin, plus de 258 millions d’enfants sont aujourd’hui privés de toute éducation, y compris dans les pays développés : la France en compte à elle seule plus de 100 000, comme Aide et Action le dénonce dans sa dernière campagne « #DesdroitsUnavenir ». Pourtant des solutions sont possibles et commencent par un investissement massif pour l’accès des enfants aux services de base, notamment l’éducation. 

Une deuxième révolution est nécessaire

 « Sans une approche du bien-être et du développement des enfants renforcée et axée sur leurs droits, les objectifs de développement durable, adoptés aux Nations unies en septembre 2015 pour la construction d’un monde plus juste et durable d’ici 2030, seront difficiles, voire impossibles à atteindre », affirme « Une deuxième révolution: 30 ans de droits de l’enfant et un programme inachevé ». 

Le rapport produit par l’alliance Joining Forces, une alliance de six organisations dédiées à l’enfance, dresse un constat sans appel : oui, des progrès notables ont été apportés par ce texte fondateur mais les États échouent aujourd’hui à investir suffisamment dans les services de base pour les enfants, notamment les plus vulnérables et marginalisés. Le rapport estime à 700 millions le nombre d’enfants laissés-pour-compte, privés de bien-être et de droits socio-économiques. « Un échec moral, juridique et économique que le monde ne peut pas tolérer », conclut le rapport. 

Pour que les droits de l’enfant soient appliqués

Pour construire un monde durable et juste, libéré des inégalités, le rapport en appelle à une deuxième révolution, dans laquelle les droits de chaque enfant – quel qu’il soit et où qu’il vive – seraient réalisés. Il préconise donc qu’une priorité absolue soit accordée aux interventions et politiques ciblant les enfants, ce qui permettra in fine de rompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté et de poser les fondations d’un futur plus juste, plus prospère et plus durable. Cet appel, Aide et Action ne peut que s’y associer, tant l’accès à l’éducation pour les plus jeunes  est aujourd’hui essentiel pour l’avenir de notre monde. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui la France à garantir l’accès de tous les enfants à l’éducation sur le territoire national mais également à donner l’exemple sur la scène internationale. Nous demandons au gouvernement français d’augmenter, comme il s’y est engagé, son aide au développement allouée à l’éducation, à rediriger l’aide vers les pays les plus prioritaires et à investir dans l’éducation en situation de crise, notamment en consacrant 4% de son aide humanitaire à l’éducation en situation d’urgence. 

Pour en savoir plus, découvrez notre campagne #DesDroitsUnAvenir

Crédit photo : Vincent Reynaud-Lacroze