Éducation : le digital ne serait plus la panacée

Publié dans Actualités,Documentation

Ordinateur, portable, mobile, internet ont longtemps été vus comme la panacée, celle qui un jour permettrait de résoudre les problèmes d’accès à l’éducation pour les populations vivant dans des lieux reculés et de pallier le manque d’enseignants et de matériels scolaires. Reste qu’aujourd’hui internet et les ordinateurs n’ont plus tellement la côte auprès des enseignants et chercheurs en éducation.

Internet, oui, mais à petite dose

On s’en doutait déjà un peu, mais passer trop de temps sur internet pourrait nuire aux apprentissages. C’est désormais confirmé par l’OCDE qui publie  « How has Internet changed between 2012 and 2015 ». Une étude qui alerte sur l’utilisation croissante d’Internet par les jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE (en 2006, seuls 75% des 15 ans avaient accès à internet, contre 95% en 2015) et sur son impact potentiellement négatif sur la quantité et la qualité des apprentissages. L’étude révèle en effet qu’une utilisation excessive d’internet (plusieurs heures par jour, y compris durant les jours d’école) entraîne irrémédiablement une baisse des résultats et a surtout des répercussions sur la santé et le bien-être des enfants (ceux qui utilisent abusivement  internet sont, entre autres choses, davantage susceptibles d’éprouver plus d’insatisfaction, de s’ennuyer plus vite, de moins bien faire leurs devoirs et d’arriver en retard à l’école).

Pour les spécialistes, hors de question de supprimer l’accès ou l’utilisation d’internet, devenu aujourd’hui indispensable. Ils appellent toutefois à une juste mesure : les étudiants qui obtiennent les meilleurs résultats sont ceux qui utilisent internet modérément et pas les jours d’école de manière à ce que cela n’interfère pas sur les apprentissages.

L’ordinateur pour une lecture simple et lente

Pour le World Economic Forum, qui a récemment publié  l’étude « Students learn better from books than screens », il ne fait aucun doute que le digital, un média certes plus accessible et largement préféré par la jeune génération, n’est pas source de meilleur apprentissage. S’ils reconnaissent indéniablement ses avantages écologiques et économiques, ils alertent désormais sur les conséquences du média électronique sur la lecture et les apprentissages.

Une expérience menée auprès de jeunes lecteurs appartenant à la communauté des « digital natives » (des gens nés avec ordinateurs et internet), a permis de mettre en évidence qu’entre lecture sur mobile et lecture sur papier la qualité de lecture, mais aussi de compréhension et d’engagement du lecteur n’était définitivement pas la même. « Le scrolling » (le fait de faire descendre l’écran pour poursuivre la lecture) ayant, disent les experts, un effet négatif sur la concentration. Résultat, le lecteur saisit certes les grandes idées du texte mais ne retient pas les détails et n’est pas apte ensuite à répondre à des questions spécifiques sur le texte.

Le livre papier a encore un bel avenir

Pour les chercheurs, ce sont autant d’éléments qui doivent désormais influencer et profondément modifier le discours des enseignants et la pédagogie propre à la lecture. En effet, preuve est désormais faite qu’on ne lit pas de la même manière selon le média utilisé et que l’on ne doit pas utiliser indifféremment tel ou tel média en fonction des tâches à accomplir sur le texte : la lecture sur print étant plus rapide, plus précise, elle conviendra davantage à l’analyse de texte ;  celle sur tablette étant plus superficielle, elle servira à accumuler des informations simples et brèves, le lecteur devant néanmoins faire attention à être plus lent et rigoureux.

À lire ces deux études, il est clair que la mort tant annoncée du livre papier ne sera pas sans conséquence sur la qualité des apprentissages et de l’éducation des futures générations mais également sur leur santé et bien-être en général. Une information à ne pas négliger donc à l’heure où la tendance est au tout numérique.