Un homme

« Il faut repenser le système éducatif qui n’est plus en phase avec la réalité »

Publié dans Éducation

Aide et Action: Les conditions sociales ont également été identifiées comme un facteur pesant sur la réussite scolaire des enfants. De nouveaux chiffres montrent que 90% des enfants d’enseignants entrés en 6ème en 1995 ont eu leurs baccalauréats. Le taux n’est que de 20% pour les enfants d’ouvriers. Est-ce à dire que l’égalité des chances n’a plus sa place à l’école ?

Mahfou Diouf: L’égalité des chances reste un vœu pieux parce que les enfants n’entrent pas dans le système à arme égale. Les enfants issus des milieux défavorisés sont dès le départ handicapés par plusieurs facteurs d’ordre socio-économiques et culturels. Les inégalités dans la réussite des élèves sont très nettement corrélées aux inégalités sociales et culturelles de leurs familles. Les résultats des élèves aux évaluations à l’entrée en cours préparatoire sont déjà socialement très contrastés et les écarts se creusent encore dans la suite de la scolarité en fonction de l’origine sociale. Aujourd’hui le constat est que l’école n’arrive pas à diminuer ces inégalités de départ. Elles ont même tendance à augmenter au cours du parcours scolaire. L’école est donc confrontée aujourd’hui à un défi si elle veut répondre au principe de l’égalité des chances.
Aide et Action: Par quoi devrait-on commencer ?

Mahfou Diouf: L’important est déjà de rétablir le dialogue. La communication entre l’école et les parents d’élèves de milieu défavorisé est souvent très insuffisante voire difficile du fait de leur propre parcours scolaire et des appréhensions qu’ils nourrissent vis-à-vis de l’institution scolaire. Les enseignants mettent en avant la difficulté qu’il y a à dialoguer avec les familles, à rencontrer les parents et à les impliquer. Selon eux, ces difficultés viennent :
– des parents eux-mêmes : rapport à l’école, représentation du corps enseignant, clivage culturel, souffrance parentale
– des enseignants/de l’institution : reproduction et renforcement des représentations des parents, du fait de leur comportement et du langage employé (questions de communication)
Dans ces conditions, les acteurs associatifs comme Aide et Action ont pour mission de jouer un rôle de médiateur entre l’école et les familles pour créer les conditions d’un dialogue constructif entre les deux parties. Pour les enseignants, il est impératif de développer des modules de formation sur la communication et le partenariat avec les parents dans le cadre de la formation continue. Il est également nécessaire d’accompagner les familles afin qu’elles soient en mesure d’agir sur les parcours et les projets des enfants. Il s’agit de redonner du pouvoir aux parents qui ne sont pas toujours vus comme des acteurs. Or, il faut qu’on leur fasse confiance et qu’on leur donne les capacités pour qu’elles assument leurs responsabilités.

Si on veut vraiment créer une relation partenariale entre l’école et les parents, il faut impérativement renforcer la confiance, l’estime de soi de ces familles, mais aussi travailler sur les représentations des enseignants pour changer leur regard vis-à vis des familles issues des milieux défavorables.

Aide et Action: Ne pensez-vous pas cependant qu’il est temps pour la France de faire les Etats Généraux de l’Education pour repenser entièrement son système scolaire ?
Il faut repenser le système éducatif qui n’est plus en phase avec la réalité du contexte. La tenue des Etats Généraux de l’éducation pourrait être une modalité parmi d’autres. Le système éducatif doit impérativement évoluer si on veut réduire les inégalités éducatives. Il y a aujourd’hui un vrai décalage entre l’école et son environnement. Le système éducatif tel qu’il fonctionne actuellement a montré ses limites, même si par ailleurs, il dispose d’importantes ressources