Une classe d'école en France

« L’école doit être un lieu de vie »

Publié dans Éducation

Aide et Action : Comment peut-on dire aujourd’hui que l’école exclut ?

En France, on a ce concept de « l’élève abstrait », l’enfant que l’on place à l’école, et qui serait disponible pour les contenus que le professeur lui transmet. Or cet élève idéal n’existe pas. Chaque enfant réagit à sa manière face à l’école et aux apprentissages. La démocratisation de l’école ne veut pas dire que tout le monde accède aux savoirs.

Certains élèves s’adaptent, d’autres moins et en grandissant, les problèmes s’exacerbent. En plus, tous ne sont pas égaux devant les apprentissages, certains reçoivent de l’aide de leurs parents, de professeurs particuliers, tandis que d’autres ne bénéficient pas de tout cela.

AeA : Vous voulez-dire que les parents jouent un rôle dans cette exclusion ?

La relation que les parents ont avec l’école peut influencer la scolarisation des plus jeunes. Souvent, un enfant d’une famille relativement aisée, ayant bénéficié elle-même du système scolaire et émettant un avis favorable sur celui-ci va avoir une influence positive sur l’idée que l’élève se fera de l’école et cela aura un impact sur sa réussite à l’école. Mais cela n’est pas automatique. Par ailleurs, il me semble que les enseignants jouent également un rôle dans l’exclusion ressentie par les enfants.
Comme Stéphane Bonnery (chercheur-enseignant à Paris 8), je crois que l’Ecole a des attentes implicites envers les élèves. Cela crée des malentendus. Les enseignants ne sont pas suffisamment clairs sur ce qu’ils attendent des élèves, et des exercices qu’ils leur font faire. Mais, pour leur défense, les professeurs n’ont pas reçu les formations pour expliciter ces demandes et être plus transparents.

AeA : Qu’est-ce qu’on appelle l’exclusion pédagogique ?

Chez Aide et Action, nous avons utilisé le terme d’ « exclusion pédagogique » pour la première fois en 2009 pour montrer que les problèmes éducatifs ne viennent pas seulement de l’enfant. Le problème vient aussi du système, des méthodes d’apprentissage. Le problème est que l’institution scolaire s’est doucement figée. Aujourd’hui, l’école a perdu son sens. Il n’y a pas de sens du groupe, pas d’accompagnement à la construction identitaire. A l’heure actuelle, l’Ecole a pour seul cap le passage des programmes. Cela part d’une bonne intention : que tout le monde ait un accès égal aux savoirs. Mais nous sommes trop dans une culture de la transmission de connaissances. Les enfants sont vus comme des spectateurs/consommateurs de savoirs, et ce, de manière imposée. Or, le plus important c’est de savoir comment utiliser les connaissances.

AeA : Comment peut-on changer cela ?

Pour Aide et Action, l’école doit être avant tout un lieu vivant, un espace de vie, d’échanges, où parents et élèves ont leur mot à dire. Cette école n’entretient pas de rapports unilatéraux, elle s’adapte, s’interroge sur son propre rôle et vise à créer du lien social. Dans les Zone d’Education Prioritaire (ZEP), par exemple, l’école ne marche pas. Les spécificités de la population qui y vit ne sont pas prises en compte. Rien n’est prévu non plus pour apprendre aux enseignants à éduquer en ZEP.

Aujourd’hui, il faut que l’école réinvente son rôle et remette de la vie au sein de ses établissements. On ne peut pas demander à l’école de faire ce que le monde économique doit faire : créer du travail, supprimer la précarité… Mais elle peut et doit éviter l’exclusion des jeunes, notamment ceux qui viennent de familles vulnérables.

C’est donc à la fois au niveau de l’Institution, des Régions, des académies et des établissements qu’il faut agir. A toutes ces échelles, il y a des mentalités à faire évoluer, des projets à accompagner. Pour Aide et Action, l’éducation est un process constant, c’est apprendre à apprendre. Et comme le disait Paulo Freire: « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. »