Interview : un documentaire né d’une rencontre dans le désert

Publié dans Éducation

AeA : Comment est né ce projet ?
Pascal Plisson : Ce projet est né au Kenya alors que je réalisais un autre film. Un jour, au milieu de nulle part, j’ai vu surgir des enfants qui couraient seuls dans la steppe. Il s’agissait de jeunes guerriers, qui couraient depuis près de 3h pour se rendre à l’école ! C’est ainsi qu’est née l’idée de faire ce film « Sur le Chemin de l’école ».
Barthélémy Fougea : Nous avons alors commencé à travailler avec l’UNESCO et Aide et Action pour recueillir un maximum d’histoires sur ces enfants qui affrontent chaque jour mille embûches pour se rendre à l’école. Nous en avons reçus une soixantaine, toutes plus touchantes les unes que les autres. Quatre d’entre elles se sont imposées à nous par l’émotion qu’elles suscitaient et par les difficultés d’accès à l’éducation très différentes qu’elles abordaient : distances, handicap, discrimination…..
AeA : Votre film tire donc le bilan de l’accès à l’éducation à deux ans de l’objectif d’une éducation de qualité pour tous?
BF : Non. Certes, ce film informe, pointe du doigt des problèmes, mais il n’est absolument pas politique. C’est avant tout un spectacle, un film d’aventures qui montre le courage et la foi des enfants dans le futur et dans leur société. Les quatre enfants que nous avons filmés sont les premiers de leurs familles à aller à l’école. C’est pour une eux une chance formidable.
PP : C’est un film familial destiné aux parents, grand parents, enseignants et aux enfants. Le chemin de l’école est mis en images et en mots, racontés et incarnés à l’écran par quatre enfants, prêts à tous les sacrifices pour avoir une vie meilleure que leurs parents. Ils ne « vont pas simplement à l’école », c’est pour eux un véritable engagement, tant physique (trajet souvent épique et physique, séparation, privation…) que spirituel.
AeA : Quel est votre meilleur souvenir de ces deux ans de travail pour réaliser ce film ?
PP: Il y a eu des quantités de rencontres exceptionnelles. Ce qui m’a profondément marqué c’est la solidarité qui existe entre ces enfants. Samuel, en Inde, est un enfant handicapé mais il est totalement intégré à sa classe. Les autres élèves l’attendent, vont le chercher et le soutiennent. Pareil au Kenya où Jackson prend complètement sa sœur en charge, sans lui elle n’aurait aucune chance d’aller à l’école.
BF : En Argentine, nous avons rencontré Carlito, un garçon de 12 ans, qui doit parcourir un chemin de 4 heures à cheval chaque semaine pour aller à l’école. Au début, il a refusé le tournage car il ne voulait pas manquer l’école ! Sa maitresse lui a demandé de rendre compte à ses camarades de la manière dont on fait un film. Carlito a alors accepté de tourner juste pour aider ses camarades à mieux comprendre le cinéma. En 2 ans, j’ai pris de grandes leçons ! Ces gamins n’ont qu’une dizaine d’années mais ils sont bien plus matures que moi à 50 ans !