Un groupe d'enfants dans une briquetterie

L’éducation : un facteur d’exclusion

Publié dans Éducation

Le lancement, en 1990, du mouvement Education pour Tous a suscité de nombreux espoirs chez les millions d’enfants et de jeunes qui, bien qu’exclus de l’éducation, n’en étaient pas moins convaincus de ses vertus et bienfaits. De nombreux pays (Mali, Sénégal, Madagascar,..), y compris la France, ont procédé à une massification de la scolarisation. Les autorités ont ouvert des écoles, multiplié les formations et nommé des enseignants. Cette étape cruciale, qui a sans aucun doute permis à un grand nombre d’enfants de faire leur premier pas dans l’univers scolaire, doit être poursuivie. Plus de vingt ans plus tard, il s’avère que rendre l’enseignement obligatoire et gratuit ne suffit plus pour prémunir les enfants de l’exclusion éducative.

En France, 1 enfant sur 5 de moins de 15 ans n’a pas acquis les compétences de base.

Au Cambodge, plus d’un enfant sur 2 quitte l’école avant d’avoir un niveau d’alphabétisation suffisant pour être durable.
La crise économique et financière de 2008 a aggravé la situation dans tous les pays : les budgets et subventions des écoles ont été réduits, voire supprimés, avec des conséquences sur les revenus des enseignants, le matériel scolaire ou le maintien des cantines. Dans plusieurs pays (Inde, Swaziland, Kenya, Bénin, Guinée…) de grandes réformes concernant la qualité de l’éducation ont été ajournées en raison du déficit de financement.

Dans ce contexte de restriction budgétaire et au fil des années, l’enseignement prodigué s’est, pour une large part, mécanisé et appauvri. En France ou dans nos pays d’interventions, la formation des enseignants, faute de moyens, a été réduite au strict minimum.

Même si des progrès ont été faits en matière de pédagogie et d’animation de la vie de classe, l’enfant avec ses qualités et ses difficultés est encore trop rarement placé au cœur des apprentissages. On exige de lui qu’il retienne, intègre un savoir qu’il ne comprend pas forcément sans tenir compte de son bien-être, de son rythme ou de ses capacités d’apprentissage.

Autant d’éléments qui contribuent aujourd’hui à la démotivation des enfants et au fort taux de décrochage scolaire. Par ailleurs, les familles ont souvent des difficultés à trouver leur place au sein du système éducatif. Parents et enseignants ne parviennent pas toujours à se comprendre. Les premiers se sentent dans l’incapacité d’agir et de soutenir leurs enfants, tandis que les seconds rencontrent des difficultés à ouvrir le dialogue.

Si les curricula ne sont pas forcément adaptés aux rythmes de développement de l’enfant, ils ne tiennent pas non plus toujours compte des réalités du marché du travail. En Inde, où les besoins de main d’œuvre qualifiée sont importants, l’enseignement professionnel est peu développé. Seule 5% de la population active, entre 20 et 24 ans, a suivi un enseignement professionnalisant, alors que plus de 300 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté dans le pays. Une telle situation n’est pas propre à l’Inde. Une partie des écoles vit aujourd’hui coupée du monde, de ses attentes et besoins.

En conséquence, les enfants quittent l’école avant l’heure, parfois sans qualification et marqués d’une aversion pour les apprentissages.