Une classe d'école en France

L’Europe n’est pas épargnée

Publié dans Éducation

Dans les hauteurs de Naples, sept heures du matin. Un enfant en survêtement délavé porte une lourde caisse de conserves à bout de bras. Il gagne 1 euro de l’heure, au maximum 50 euros en une semaine… Gennaro a 14 ans et comme lui, ce sont des milliers d’enfants qui dans la région napolitaine travaillent 10 heures par jour, 6 jours sur 7. Selon un recensement de la Mairie, entre 2005 et 2009, 54 000 jeunes auraient quitté le système scolaire.

Il y a dix ans, la Confédération Internationale des Syndicats Libres (aujourd’hui Confédération Syndicale Internationale) publiait un rapport sur les conditions de travail dans « l’Europe des Quinze ». Elle y notait que « l’exploitation économique des enfants constitue un problème grave dans l’Union Européenne. » Premiers pays pointés du doigt : le Royaume-Uni et ses 40% d’enfants exerçant un travail à temps partiel, le plus souvent de manière illégale et le Portugal, « où de nombreux enfants travaillent de 10 à 14 heures par jour dans les secteurs du tourisme, du textile, de la construction et de l’habillement. » Mais les pays méditerranéens (France, Espagne, Italie et Grèce) étaient également cités.

En France, outre la présence, comme dans le reste de l’Europe, de jeunes enfants roms non scolarisés, de nombreux abus ont été pointés du doigt par les acteurs sociaux, dont les associations. Parmi le demi-million d’apprentis que compte la France, beaucoup d’enfants sont exposés à des violations du droit du travail : non-paiement des salaires, promesses d’engagement non tenues, horaires excessifs, non-respect des dérogations à l’interdiction du travail de nuit des mineurs et des douze heures de repos consécutifs obligatoires, voire violences physiques et harcèlements sexuels.

Un marché du travail libéré, des enfants exploités

Aujourd’hui, la situation qui s’était améliorée du fait d’un durcissement des lois, notamment au Portugal, paraît à nouveau empirer, comme en atteste l’exemple napolitain. La faute en partie à une crise économique ayant poussé de plus en plus de personnes vers la pauvreté. Dans ces conditions, l’enfant devient une source de revenus non négligeable pour la famille. Par ailleurs, les gouvernements européens se sont résolus à développer des politiques d’austérité, réduisant parfois drastiquement les budgets liés à l’éducation ou aux aides sociales. Cela a impacté directement sur la scolarisation des plus pauvres en poussant les familles à faire le même choix que celui de la mère de Gennaro : n’envoyer qu’un enfant sur deux à l’école et faire travailler l’autre.