Un fille au Mali

Témoignage: Sophie Soumare nous raconte son combat contre l’excision

Publié dans Éducation

La douleur insupportable de l’excision a marqué à jamais la vie de Sophie Soumare. De ce traumatisme subi à 8 ans, elle a choisi d’en faire le combat de sa vie pour que cesse enfin cette barbarie. Voici son témoignage.

“Je suis née en 1953 à Pel, dans un village de la Région de Mopti (Mali). J’appartiens à l’ethnie dogon, de tradition animiste, qui considère l’excision comme une obligation et une nécessité. La fille dès sa naissance est perçue comme possédant le sexe mâle et femelle. Il faut donc extraire chez elle ce qui est contraire à sa nature véritable. C’est ce qui conduit les filles à subir l’excision, une pratique dite de purification mais aussi d’initiation puisqu’elle tient lieu pour l’enfant de passage à l’âge adulte. Comme les autres filles de mon village, j’ai été excisée à l’âge de 8 ans.

Le matin du jour « J », avant de me conduire chez l’exciseuse, ma mère m’a expliqué que je ne devais pas crier ni essayer de me sauver pour ne pas porter malheur à la famille. « Je sais que cela te fera très mal mais tu dois maîtriser ta douleur pour montrer que tu es courageuse et digne de porter ton NOM », a-t-elle ajouté. Mon tour est arrivé et j’ai dû subir cette opération douloureuse sans anesthésie comme le veut la tradition. J’étais terrorisée et comme hypnotisée par les recommandations de ma mère. Après l’opération, nous avons fait quelques pas de danse pour montrer notre courage sous l’applaudissement des mères, tantes, grand-mères sœurs aînées. Celles-ci nous encadrent jusqu’à la cicatrisation des plaies. Cela dure environ un mois dans une maisonnette à l’écart du village, loin des regards indiscrets. Après la guérison, tout le village organise une grande fête à l’honneur des excisées, ou « des initiées».

Je croyais que toutes les filles du monde passaient par cette pratique pour devenir une femme. Mais au collège, lors d’un cours sur l’accouchement, j’ai compris que cette pratique était néfaste. Cela m’a révoltée. J’ai réalisé que l’excision était une atteinte intolérable à la dignité, à l’intégrité physique et mentale des femmes. Alors, je me suis posé cette question : « avons-nous besoin d’être marquée à vie pour définir notre identité de femme ? ». Il fallait faire quelque chose, mais quoi ? Et comment ? J’ai décidé de créer clandestinement, un groupe de dix collégiennes pour ne pas perpétuer l’excision. Engagées, nous avons conclu un pacte secret: celui de ne jamais faire exciser nos filles.”

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