En Inde, la COVID-19 pousse les enfants migrants à travailler

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La pandémie de COVID-19 et ses conséquences sur l’économie et le marché du travail affectent gravement les familles indiennes. Les enfants sont les premiers à en souffrir, contraints d’effectuer du travail infantile. Pour évaluer l’impact de la crise sur le travail des enfants et sur leur éducation, Aide et Action a mené une évaluation. Les résultats sont édifiants.

La pandémie de COVID-19 a provoqué une crise d’une ampleur considérable et inédite. Le confinement, visant à arrêter la propagation du virus, a eu un effet dévastateur sur la situation socio-économique de nombreux pays à travers le monde. En Inde, alors que les communautés, en particulier les migrants et leurs familles, commençaient à peine à se remettre, la deuxième vague les a frappés de plein fouet et leur condition s’est encore détériorée. Une évaluation menée par Aide et Action révèle que 50% des enfants migrants sont engagés dans un travail pour aider leurs parents à travailler ou sont des travailleurs rémunérés.

Une augmentation des taux d’abandon scolaire et donc du travail des enfants

La pandémie a eu un impact majeur sur l’éducation des enfants migrants depuis 2020. Puisque ceux-ci passent la moitié de leur temps à se déplacer, ils sont toujours confrontés au défi de la scolarisation et sont exposés au risque de décrochage scolaire. Les écoles étant fermées, les enfants migrants n’ont pas pu accéder à l’éducation, que ce soit dans leur zone de migration ou dans leur village d’’origine. Dans ce contexte, les cours en ligne étaient la seule alternative possible. Cependant, les enfants migrants n’avaient pas les moyens de se payer des cours en ligne ni même d’y accéder en raison d’isolement géographique et technologique.

Un rapport de l’UNESCO estime que 40% des enfants risquent d’abandonner l’école après la crise. Une des conséquences collatérales de la pandémie est le besoin grandissant de ressources au sein des foyers, ce qui entraîne une augmentation des taux d’abandon scolaire et donc du travail des enfants.

Le Centre de ressources d’information sur les migrations d’Aide et Action a mené une évaluation rapide sur la situation des enfants migrants dans 4 villes de l’Inde en avril 2020 pour comprendre l’impact de la pandémie sur leur bien-être et leur éducation. Il a été constaté une augmentation significative du nombre d’enfants qui accompagnent maintenant les parents sur les chantiers en raison de la fermeture des écoles dans leurs villages d’origine. Sur les sites de travail, faute de manque d’infrastructures pour leur éducation, les enfants sont alors exposés à diverses exploitations, y compris le travail des enfants.

Notre étude révèle l’impact dramatique de la crise sur l’éducation

Les principales conclusions de l’évaluation menée auprès de 109 parents migrants dans 4 villes (Bhubaneswar, Chennai, Hyderabad et Patna) sont les suivantes :

  • 92% des parents estiment que la pandémie a énormément affecté l’éducation de leurs enfants.
  • La fermeture prolongée des écoles a entraîné une augmentation de 67% des enfants scolarisés contraints d’accompagner leurs parents sur les chantiers. Le nombre de filles migrantes est 2% plus élevé que celui des garçons.
  • Tous les enfants accompagnant leurs parents dans la tranche d’âge de 3 à 6 ans (17%du total des enfants) ont été privés d’éducation préscolaire.
  • Alors que 18% des enfants migrants n’étaient pas scolarisés lors de la première vague de COVID-19, la hausse pendant la deuxième vague a été de 100%. L’impact des fermetures d’écoles touche davantage les enfants migrants saisonniers que sur les enfants non-migrants.
  • Pour 44% des parents des cours en ligne ne sont pas abordables 
  • 28% ont déclaré que leurs enfants n’ont pas été admis à l’école après leur retour.
  • 79% des parents se disent obligés d’amener leurs enfants avec eux sur les lieux de travail car les écoles sont fermées à cause de la COVID-19.
  • 45% des parents sont d’avis que les écoles devraient être ouvertes avec les précautions appropriées à la COVID-19, 29% des parents disent que les cours de rattrapage aideront les enfants à compenser la perte de scolarité.
  • D’après l’évaluation, 50% des enfants migrants sont engagés dans un travail pour aider leurs parents à travailler ou sont des travailleurs rémunérés.

Ces enfants migrants sont exposés à diverses formes d’exploitation et beaucoup d’entre eux finissent comme enfants travailleurs. Si l’éducation, les soins et la protection ne sont pas fournis à ces enfants maintenant, ils ne pourront jamais retourner à l’école et quitteront définitivement le système éducatif.

La proposition d’Aide et Action pour répondre à la crise

Aide et Action propose de mettre en place une intervention pour garantir une éducation ininterrompue et une prise en charge des enfants migrants à la fois dans les lieux d’origine et de destination dans 3 États de l’Inde. Celle-ci consiste à fournir un soutien nutritionnel d’urgence aux enfants migrants, en particulier ceux de retour dans leur village d’origine qui sont les plus sous-alimentés.

Sur le plan de l’éducation, le projet développera des centres d’accueil et d’apprentissage pour les enfants avec le soutien des employeurs de leurs parents dans les zones où vivent ces familles. Les centres permettront d’offrir une éducation pré-primaire aux jeunes migrants et les aideront dans leur développement social, cognitif et physique. Comme les écoles sont fermées en raison de la pandémie, des cours de rattrapage seront organisés pour les enfants migrants rapatriés dans leurs villages d’origine, en respectant les normes sanitaires en vigueur. Des bénévoles de l’éducation seront engagés pour dispenser les cours de rattrapage afin de combler les lacunes d’apprentissage.

Une fois de retour dans leurs villages d’origine respectifs, tous les enfants seront intégrés dans les services gouvernementaux (nutrition, vaccination et éducation) dans leurs villages. Les bénévoles de l’éducation dans les villages d’origine les aideront à se réinscrire, à obtenir le repas de midi et les manuels scolaires. Sur le chantier, les enfants plus âgés (6-14 ans) qui vont à l’école seront inscrits dans les écoles du quartier si celles-ci sont ouvertes. Si les écoles sont fermées, des bénévoles de l’éducation assureront l’éducation sur les chantiers.

Les données collectées à partir de l’enquête de base seront soumises aux départements gouvernementaux concernés afin d’obtenir des aides du gouvernement tels que la nutrition, le repas de midi, la scolarisation, etc., pour les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes. Des campagnes de santé seront organisées à intervalles réguliers pour les enfants migrants et leurs familles en collaboration avec le gouvernement et les hôpitaux privés pour un dépistage adéquat lié à la COVID-19. La vaccination, la prise en charge de la mère et de l’enfant, l’orientation des migrants gravement malades seront également effectuées sur les chantiers afin de les prévenir des infections.