journée cohérence éducative

Enfants vulnérables, quelle place l’éducation nationale leur accorde-t-elle ?

Publié dans Actualités,Plaidoyer

Crédit photo : Vanessa Martin / AEA

Aide et Action et ses partenaires co-organisaient ce 27 novembre une nouvelle journée de réflexion sur le thème des enfants allophones, roms, pauvres ou issus du voyage et le plus souvent exclus de l’éducation nationale. Des solutions existent, mais l’État peine à assumer ses responsabilités.

Enfants allophones, roms, pauvres ou issus de familles itinérantes… comment l’éducation nationale peut-elle et doit-elle les inclure ? Telle était la question abordée ce 27 novembre à la 9ème édition de la Journée de la cohérence éducative, co-organisée par Aide et Action, la Maison de l’éducation du Val d’Oise et leurs partenaires. Car force est de constater aujourd’hui que le système éducatif français peine à accorder  à ces enfants la place à laquelle ils ont pourtant droit.

100 000 enfants en France exclus de l’éducation

« Un certain nombre de municipalités, quelles que soit leur couleur politique, ne veulent pas prendre ces enfants en école primaire, » explique Jean-Claude Vitran, de la Ligue des Droits de l’Homme. Elles ne veulent pas les scolariser, nous sommes alors obligés de passer par le tribunal administratif ou d’autres solutions ». Pourtant la loi est claire, tout enfant vivant sur le sol français a bel et bien droit à l’instruction, mais celle-ci est aujourd’hui loin d’être respectée, y compris par les institutions françaises, puisque l’on estime aujourd’hui à plus de 100 000 le nombre d’enfants non scolarisés en France.

L’éducation nationale peine à assumer ses responsabilités

« Il y a un flou sur la responsabilité de l’éducation nationale », explique Livia Otal, Cheffe de projet à Aide et Action. On nous explique souvent que sa responsabilité commence à la porte de l’école, or ces enfants comme leurs parents n’y entrent pas spontanément. Il est nécessaire de faire un pas vers eux, d’aller à leur rencontre pour les amener à l’école. » « Il y a des peurs face à l’école, explique Stéphane Harzic, formateur CASNAV dans le Val d’Oise, le portail de l’école même est mythique. Les gens du voyage, par exemple, en ont peur et soyons honnêtes, l’école a peur d’eux. Il faut briser ces représentations mais ce n’est pas si facile, il y a une histoire. Les enseignants font un travail remarquable, ils sont à l’écoutent, ont une réelle volonté de se former mais face à la diversité des publics et des situations, ils ne peuvent pas avoir réponse à tout ».

Les associations jouent un rôle clef

Dans ce contexte difficile, les associations jouent aujourd’hui un rôle clef : elles vont à la rencontre de ces familles, souvent éloignées de l’école et concentrées sur leur survie, et brisent le fossé entre elles et l’institution scolaire. Elles utilisent pour beaucoup d’entre elles, les camions-écoles qui, sur les lieux mêmes – parfois les bidonvilles – où vivent les parents, offrent aux enfants un lien de pré-scolarisation qui leur permet de s’habituer progressivement aux rythmes et aux exigences de l’école. Dans le département du Val d’Oise, un poste de « professeur relais » a même été crée au sein de l’Éducation Nationale. Ce professeur se déplace ainsi de squats en bidonvilles pour accompagner progressivement ces enfants vers l’école. « Ce type de médiation est essentielle et devrait être généralisée à toute la France, malheureusement, elles ne sont aujourd’hui que deux en Île-de-France à exercer cette fonction, regrette Livia Otal, il est pourtant prouvé que cela est d’une efficacité sans pareille ! ».

Aide et Action mobilisée pour les enfants exclus de l’éducation

C’est pourquoi la « médiation scolaire », pratiquée hors l’école pour ramener les familles à l’école, est aujourd’hui l’un des points forts demandés par Aide et Action au gouvernement français pour accompagner les populations les plus vulnérables à l’école. Nous demandons également la création d’un Observatoire des enfants non scolarisés pour estimer précisément le nombre de ces enfants ainsi que l’instauration sur l’ensemble du territoire national d’une trêve scolaire, empêchant les expulsions de squats et bidonvilles avant la fin de l’année scolaire. Dans le cadre des 30 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, Aide et Action a lancé une pétition pour que des mesures soient urgemment prises afin d’accompagner ces enfants sur le chemin de l’éducation. Signée par plus de 15 000 personnes, nous espérons que nos voix permettront de faire entendre notre message au Ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer afin qu’aucun enfant vivant sur le sol français ne soit plus jamais exclu de l’éducation.

 

La Journée de la Cohérence Éducative est organisée par Aide et Action, Afavo, Afev 95, CIJ 95, CARP-Cahiers pédagogiques, Ecole de la 2ème chance 95, Ecole et Famille, FCPE 95, Francas 95, Ligue de l’enseignement 95, MGEN, Pôle de ressources Ville et développement 95.