Il est temps de financer l’éducation des générations futures

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Crédit photo : Partenariat Mondial pour l’Éducation

Le Partenariat Mondial pour l’Éducation a lancé le 7 octobre dernier une campagne pour lever auprès des États 5 milliards de dollars pour l’éducation dans les pays en développement. Soit à ce jour sa campagne la plus ambitieuse. La France, contrairement à ses habitudes passées, a déjà promis d’être un acteur important de cette campagne. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Les hommes politiques aiment à répéter que l’éducation est essentielle et que tout doit être mis en œuvre pour garantir à tous les enfants une éducation gratuite. La dernière promesse en date remonte à 2015, lorsque 193 chefs d’états, réunis à Assemblée Générale des Nations Unies, ont décidé que d’ici à 2030 chaque enfant aurait accès à 12 années d’éducation gratuite et de qualité. Reste que pour l’heure, nous n’y sommes pas. 258 millions d’enfants sont toujours exclus de l’éducation et 617 millions n’ont pas les compétences minimales en éducation même après plusieurs années passées sur les bancs de l’école. L’une des raisons de cet échec est le manque chronique de financements dont souffre l’éducation depuis plusieurs années. 

Qui finance l’éducation ? 

Pour assurer une éducation primaire et secondaire de qualité à tous les enfants, l’UNESCO recommande aux pays à faible et moyen revenu d’allouer 4 à 6% de leur PIB à l’éducation. Mais le compte est malheureusement loin d’être atteint. Or sans financement adéquat, l’éducation pour tous et de qualité est impossible : les infrastructures, le matériel scolaire, le recrutement d’enseignants bien formés (entre autres…) sont des dépenses incompressibles pour parvenir à une éducation de qualité pour tous. 

Autre source de financement possible : l’aide que les pays riches peuvent apporter aux pays les moins avancées. Les pays donateurs, à savoir les 30 pays membres du Comité d’Aide  au Développement de l’OCDE, dont la France, se sont engagés à verser chaque année 0.7% de leur PIB à l’aide publique au développement et à consacrer une partie de cet argent à l’éducation. Cette aide permet entre autres de financer le seul fond multilatéral dédié à l’éducation dans les pays en développement : le Partenariat Mondial pour l’Education (appelé  PME ou GPE en anglais pour Global Partnership for Education). 

Le Partenariat Mondial pour l’Education, c’est quoi ?

Le PME est aujourd’hui l’un des bailleurs de fonds les plus importants de l’éducation de base dans les pays à faible revenu. Depuis sa création en 2002, il a déjà contribué à scolariser 160 millions d’enfants.  Le 7 octobre dernier, lors d’un événement retransmis en direct sur Facebook il a lancé un appel à financement aux dirigeants mondiaux à travers un message simple « Raise your hands »,  soit « lève la main et finance l’éducation » avec pour objectif d’obtenir 5 milliards de dollars sur les 5 prochaines années. Ces fonds seront levés lors d’un sommet qui se déroulera à la mi-2021 au Royaume-Uni. Le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui assurera la présidence du G7, et le Président du Kenya Uhuru Kenyatta – co-présideront ce sommet et exhorteront les dirigeants mondiaux à investir dans la scolarisation des enfants et à assurer une meilleure reconstruction de leurs systèmes éducatifs. La France, en la personne d’Emmanuel Macron, s’est déjà engagée à être un acteur important de cette campagne et à accroître la mobilisation autour du financement du PME. En 2018, la France après des années de désengagement (pour rappel, la France n’avait rien donné en 2014, à peine 1.1 million de dollars en 2015, 8.4 millions de dollars en 2016), s’est engagée à verser 200 million d’euros au PME. Cette année, elle devrait donc a minima doubler cet engagement au vu de la situation difficile que connaît l’éducation aujourd’hui. 

Une campagne ambitieuse et urgente post-COVID

En 2014, le PME avait pour objectif de lever 3.5 milliards de dollars, en 2018  3.1 milliards de dollars. L’objectif de 5 milliards est donc largement supérieur aux années passées et pour cause. La crise de la COVID-19 et notamment les mesures de confinement prises pour y faire face ont détérioré la situation en éducation : au pire moment de la crise, 1,6 milliard d’enfants, dont 760 millions de filles ont été privés d’éducation, plus de 450 millions d’entre eux, faute d’accès au numérique, n’ont pas eu accès à des formes d’apprentissages alternatives et sont restés des mois privés d’apprentissage, on estime aujourd’hui que 24 millions d’entre eux, dont 11 millions de filles ne reviendront pas à l’école. Face à un tel défi, le PME doit accroître ses actions, il a déjà lancé un fonds d’urgence COVID-19 de 500 millions de dollars pour assurer la continuité de l’apprentissage des élèves dans les pays à faible revenu. Mais reconstruire des systèmes éducatifs plus résilients et plus efficaces demandera beaucoup plus. Les 5 milliards de dollars demandés par le PME permettront d’assurer l’apprentissage de 175 millions d’enfants dans 87 pays à faible revenu. À plus long terme, cet investissement pourrait rapporter 164 milliards de dollars de plus aux économies des pays à faible revenu, sortir 18 millions de personnes de la pauvreté et protéger deux millions de filles des mariages précoces.