Les fermetures de frontières dues à la COVID-19 mettent en danger la vie de milliers de travailleurs transfrontaliers

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Crédit photo : Christine Redmond

Partout dans le monde, la crise de COVID-19 a forcé les pays à fermer leurs frontières pour protéger les populations du virus. Mais malgré son intérêt sanitaire, cette décision a entrainé de grandes difficultés économiques pour les travailleurs transfrontaliers. Leurs activités commerciales et leur libre circulation ont été soudainement empêchées. Désormais, ils se retrouvent dans la misère. 

Au Cambodge, les frontières terrestres restent fermées en réponse aux mesures de prévention face à la COVID-19. De ce fait, de nombreux habitants qui dépendaient du commerce transfrontalier avec la Thaïlande sont sans travail depuis mars et connaissent des difficultés croissantes.

Chan Srey Neat *, une résidente de la ville frontalière de Poipet, qui avait l’habitude de traverser quotidiennement la frontière terrestre pour travailler au marché de Rong Kluea, en Thaïlande, a vu sa ville se transformer au cours des neuf derniers mois. Sans le tourisme sur lequel elles reposaient autrefois, les affaires sont mortes.

« Nous n’avons pas les moyens de nourrir nos familles »

«La situation ici a complètement changé. La ville prospérait autrefois grâce aux commerces thaïlandais et chinois, mais maintenant elle est si calme. Il n’y a pas d’emplois et nous n’avons pas les moyens de nourrir nos familles », déclare Srey Neat.

Avant la fermeture de la frontière en mars, Srey Neat gagnait environ 6,50 dollars par jour pour nettoyer et vendre des sacs de créateurs pour femmes. Aujourd’hui, le revenu du ménage de Srey Neat a baissé de plus de 67% par rapport à l’année dernière, et le travail de nuit de son mari en tant que boucher ne peut pas faire vivre sa famille de sept personnes. Chaque mois, ils doivent emprunter pour survivre et ils n’ont toujours pas les moyens de manger suffisamment chaque jour.

La crise aggrave les inégalités préexistantes

Selon un rapport de la Ligue cambodgienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme (LICADHO), la crise économique causée par la COVID-19, aggrave les inégalités préexistantes. 70% des Cambodgiens vivant à Poipet sont actuellement endettés** et les deux tiers des travailleurs souffrent désormais de difficultés économiques alors qu’ils luttaient déjà pour rembourser des prêts. Cela les mène à manger moins, à s’endetter davantage et à migrer à la recherche d’un travail.

Sok Seiha *, mère de quatre enfants, dépendait de son travail dans un casino local pour subvenir aux besoins de sa famille, mais celui-ci a fermé avec l’arrivée de la COVID-19. N’ayant jamais reçu d’éducation, son analphabétisme est un obstacle à la recherche d’un nouveau travail dans une économie déjà tendue. Face à l’absence d’alternative, son mari, comme beaucoup d’autres Cambodgiens, a risqué de traverser illégalement la frontière thaïlandaise pour trouver du travail.

Traverser la frontière, malgré les risques

Selon les ONG locales de la ville frontalière, les habitants vendent tout ce qu’ils possèdent pour survivre. Srey Neat a vendu tous les objets de valeur de la famille, y compris leur smartphone, pour payer les frais du passeur afin de permettre à son mari de traverser la frontière. Aujourd’hui, celui-ci travaille au transport de marchandises sur un marché thaïlandais et gagne le double de ce qu’il gagnait en tant qu’ouvrier du bâtiment au Cambodge. Une fois par semaine, Seiha emprunte le téléphone de sa sœur pour parler à son mari, et une fois tous les deux mois, son mari revient de l’autre côté de la frontière pour rendre visite à sa famille pendant quelques jours, malgré les risques d’être arrêté, détenu et condamné à une amende.

Alors que le gouvernement et les autorités locales ont apporté un certain soutien aux personnes officiellement reconnues comme pauvres et aux personnes touchées par les inondations dévastatrices du début d’année, de nombreuses personnes vulnérables sont toujours en difficulté. Parmi elles, les nombreux travailleurs du secteur informel

Au Népal, 279 000 travailleurs migrants saisonniers impactés

Ailleurs, au Népal, la problématique est la même. En raison du confinement, la frontière avec l’Inde a été fermée dès le mois de mars 2020. Or le Népal est bordé par ces frontières au sud, à l’est et à l’ouest sur environ plus de 1800 km. Le pays importe près des deux tiers de tous ses besoins, comprenant des produits de consommation quotidienne, notamment des produits alimentaires, des matières premières industrielles et des produits pétroliers.

En plus du commerce, il y a des mouvements frontaliers quotidiens en raison des liens sociaux et familiaux établis des deux côtés. On estime que 279 000 travailleurs migrants saisonniers népalais travaillent en Inde et traversent régulièrement la frontière pour aller et revenir du travail. De même, de nombreux travailleurs migrants indiens travaillent de façon saisonnière au Népal.

La vie des gens est en jeu

En raison de la fermeture de la frontière, les moyens de subsistance de la population sont fortement perturbés. Cela a conduit à la forte hausse des prix des articles de première nécessité, à une raréfaction de l’offre et à une perte d’emplois. Cependant, chaque jour, un grand nombre de personnes traversent la frontière en empruntant une route illégale, ce qui augmente le risque de propagation de la COVID-19. Par conséquent, les représentants de gouvernements locaux et des militants tentent de faire pression sur le gouvernement pour une meilleure gestion des frontières plutôt que pour une fermeture totale ; certains sont même en grève dans la zone frontalière pour exiger l’ouverture de la frontière estimant que la vie des gens est en jeu.

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Dans des situations d’urgence comme celle-ci, ce sont les plus vulnérables qui sont les plus durement touchés. Selon un étude menée par une fédération d’ONG en mai 2020, les « Dalits », communauté minoritaire au Népal, sont clairement plus impactés par la situation : 77% de la population Dalit a perdu son emploi en raison de la pandémie, contre 25% de non-Dalits ; 50% des Dalits ont dû chercher un nouvel emploi car ils ont définitivement perdu le leur, contre 23% des non-Dalits ; et environ 45% des Dalits survivent pendant la pandémie en contractant des prêts auprès d’autres personnes, contre 25% des non-Dalits.

Le constat est malheureusement sans appel. La crise de COVID-19, comme toutes les autres, creuse toujours davantage les inégalités. Au Vietnam, au Népal, ou ailleurs dans le monde, les populations les plus précaires et les plus marginalisées sont les premières victimes des ces situations. Déjà particulièrement fragiles, elles sont alors exposées aux plus grands dangers. C’est pourquoi, Aide et Action agit prioritairement auprès des plus vulnérables et les accompagne sur le chemin de développement. 

(* Les noms des personnes vulnérables ont été modifiés.)

(**Source : ONG Friends International)