Migrants en mal d’éducation : il y a urgence

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Crédit photo : Naïade Plante

Privation de leurs droits, conditions d’accueil inhumaines, souffrances physiques et morales… Il y a urgence aujourd’hui à porter secours aux populations migrantes internationales et internes, rappellent Aide et Action en cette Journée internationale des migrations, célébrée le 18 décembre.

« Les migrations favorisent la croissance économique, le dynamisme des sociétés et la tolérance. Elles offrent une chance à des millions de personnes en quête d’une vie meilleure, et profitent aussi bien aux communautés d’origine et qu’à celles de destination. », déclarait Antonio Gutteres,  Secrétaire-Général de l’ONU, il y a tout juste un an lors de l’adoption par les 193 États membres de l’ONU du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Le texte, juridiquement non contraignant, mettait en avant 23 objectifs pour améliorer la gestion des migrations, du niveau local au niveau mondial, et devait réduire les risques auxquels sont exposés les migrants en promouvant respect, protection et réalisation des droits de l’homme. En bref, ce texte se voulait porteur d’une vision positive, en contradiction totale avec les discours sécuritaires et anxiogènes sur les migrations que l’on peut entendre un peu partout dans le monde. 

Un Pacte mondial pour peu de changements

Pour autant, un an après son adoption et même s’il reste du temps avant la première réunion de suivi (prévue en 2022), force est de constater que le Pacte n’a pour l’heure pas changé grand-chose à la situation des quelques 272 millions de personnes qui parcourent le monde en quête d’un avenir meilleur. Celles et ceux qui quittent leurs territoires en raisons de conflits ou de catastrophes naturelles (réfugiés ou demandeurs d’asile) sont aujourd’hui bien plus nombreux que les migrants volontaires et leur nombre risque fort d’augmenter. Ils s’embarquent dans des périples d’une dangerosité extrême, risquent leurs vies et celles de leurs enfants dans des conditions de vie inhumaines pour atteindre un refuge souvent loin de l’idéal. On estime ainsi que plus de 60 000 personnes auraient péri ou disparu sur les itinéraires maritimes et terrestres du monde entier depuis 1996.

De jeunes générations privées d’éducation

Réfugiés et demandeurs d’asile représentent à eux seuls 68.5 millions de personnes. La moitié d’entre entre eux sont des enfants, tous ou presque forcés d’abandonner l’école. Ils sont ainsi des millions aujourd’hui à ne pas apprendre à lire et à écrire, à ne pas suivre de formation professionnelle. Dans les camps de réfugiés, l’accès à l’école reste extrêmement difficile. Pour les jeunes filles, forcées de se déplacer, la situation est encore plus terrible : elles doivent faire face à des obstacles supplémentaires comme le manque de moyens de transport sûrs, le coût de l’éducation et des enseignants peu sensible au genre et elles sont de fait confrontées à une surcharge de tâches ménagères, forcées de s’occuper des plus jeunes, violentées et sont souvent mariées de manière précoce. Pour tous ces jeunes, qui ont connu le départ précipité de leur pays, la perte de leurs repères et des déplacements, ce sont autant de mois, d’années, voire de décennies de perdus. Et pour beaucoup d’entre eux, sans solution rapide, nous parlerons bientôt de vies gâchées par le manque d’accès à l’éducation. 

Rendre effectif leur droit à l’éducation doit être une priorité

En cette Journée Internationale de la Migration (18 décembre), Aide et Action rappelle donc l’importance de l’accès à une éducation de qualité pour ces jeunes populations traumatisées et en souffrance ainsi que l’impérieuse nécessité de rendre effectif leurs droits humains. La France n’a jusqu’à présent pas fait de l’éducation en situation de crise une priorité, puisqu’elle ne lui consacre actuellement que 2% de son aide humanitaire. Aux côtés de la Coalition Education, dont nous sommes membres, Aide et Action demande aujourd’hui à la France de doubler son aide à l’éducation en situation de crise (a minima à hauteur de 4% ) et d’accroître sa donation au fonds d’urgence Education cannot wait. 

Les migrants « internes », oubliés des discussions internationales

Nous profitons également de cette journée hautement symbolique pour rappeler la souffrance des migrants dit “internes”. Des citoyens de seconde zone, traités comme des étrangers dans leurs propres pays, et forcés de se déplacer pour subvenir tant bien que mal à leurs besoins. Ces migrations-là suscitent moins de débats, moins d’intérêt, ne sont jamais ou presque évoquées dans les discussions internationales et pourtant… elles sont celles où les droits humains sont les plus bafoués par les nations. Elles sont aussi nettement plus nombreuses puisque le nombre de migrations dites internes s’établit à plus de 763 millions. Ces populations, souvent assez jeunes et mixtes, migrent principalement pour des raisons économiques, en quête d’emplois qui leur permettent de subvenir à leurs besoins. 

Des citoyens de seconde zone, réduits à l’esclavage

En Inde seulement, où Aide et Action accompagne ces populations, on compte plus de 50 millions de personnes qui migrent chaque année d’un état à un autre. 15 millions d’entre eux sont des enfants. Extrêmement pauvres, sans aucun bien, pas même d’identité, ils quittent leur village natal pour s’installer dans les bidonvilles en périphérie des grandes villes et travaillent dans les chantiers de construction ou dans des usines à brique. Ils tombent le plus souvent aux mains d’homme sans vergogne qui les exploitent et les asservissent. Les hommes travaillent jusqu’à 15h par jour, et sont privés de toute liberté, les femmes, en plus de leur travail, sont violentées et les enfants exploités dès leurs plus jeune âge. Comme ils n’ont franchi aucune frontière, ils n’ont pas accès à la protection internationale et très rarement à l’aide humanitaire. Aujourd’hui des ONGs, comme Aide et Action, se mobilisent pour les soutenir et faire reconnaître leurs droits mais ce travail de longue haleine ne saurait aboutir sans la collaboration des États et des organisations internationales. 

Aide et Action mobilisée aux cotés des populations migrantes

Pour les migrants internationaux ou internes, il y a urgence à créer pour ces hommes, femmes et enfants des conditions de vie satisfaisantes, respectueuses des droits humains. Aide et Action demande aux États de s’engager dans la production et l’actualisation de données sur les mobilités actuelles afin d’identifier et de suivre ces populations et de mettre en place des conditions adéquates pour accueillir humainement celles et ceux en mouvement. À commencer par l’accès aux services de base essentiels : soins, nourriture, logement et éducation… Les discours anxiogènes sur les crises migratoires doivent cesser et laisser place à des discours citoyens et solidaires. Pour cela, les politiques publiques doivent faire œuvre de pédagogie et contribuer à une compréhension commune des migrations, encourager les initiatives solidaires et au final favoriser les rapports à l’altérité et le vivre ensemble.