Une classe d'enfants en train d'étudier

PISA 2015 : en matière d’éducation, la France invitée à réviser sa copie

Publié dans Actualités,Éducation

L’étude PISA 2015, révélée par l’OCDE  le 6 décembre 2016, est sans appel : “Les résultats en France à l’enquête OCDE-Pisa 2015 en sciences, mathématiques et compréhension de l’écrit sont moyens. Ils ne montrent guère d’amélioration par rapport aux cycles précédents.”

Certes, la France se situe dans la moyenne des pays développés avec un score de 493 points en mathématiques. En compréhension de l’écrit, la France est en progrès avec un total de 499 points (+3 points depuis 2009). Mais elle compte tout de même 24% d’élèves en difficulté, soit une augmentation de 2% depuis 2012.

L’éducation sous le poids des inégalités

Mais il y a plus grave. D’après les experts de l’OCDE, les résultats des élèves français sont largement impactés par les inégalités économiques et sociales. “Près de 40% des élèves issus de milieux défavorisés sont en difficulté. Plus on vient d’un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir à l’évaluation Pisa 2015. Pire, les élèves de 15 ans des milieux les plus défavorisés son surreprésentés dans les filières professionnelles“. Le verdict, déjà lourd, est encore plus vrai pour les enfants issus de l’immigration. Ces derniers obtiennent un score inférieur de 62 points à celui des autres élèves, contre 43 points en moyenne OCDE.

Côté égalité des sexes, la France pêche aussi

L’étude PISA note également une réduction importante de l’écart entre garçons et filles en sciences et en mathématiques, à tel point qu’il n’est plus jugé « significatif »  par  les experts de l’OCDE. Faut-il s’en réjouir ? Pas vraiment. Ce faible écart s’explique surtout par une baisse du niveau des garçons, et non pas par un engouement des filles pour les sciences. Au contraire.”Près d’un garçon sur quatre en France pense travailler dans le domaine scientifique, contre moins d’une fille sur cinq. Ces chiffres situent la France nettement en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE pour les filles, où ces dernières envisagent de travailler dans le domaine scientifique à proportion quasi-égale avec les garçons“.

Peut-on se fier à PISA ?

Les experts de l’OCDE l’affirment : le système éducatif français n’est pas bon et se dégrade même. Mais peut-on se fier à leur verdict ? PISA est-elle une étude suffisamment objective et exhaustive  pour en tirer une telle conclusion ? En effet, l’étude menée tous les trois ans par l’OCDE n’interroge en moyenne que 6 000 élèves français (sur un total de 2 264 600 lycéens). L’enquête par ailleurs ne se concentre pas seulement sur des connaissances scolaires. Elle examine également la manière dont les élèves, avec leurs connaissances, réfléchissent et perçoivent le monde. Ces questions peuvent facilement surprendre les élèves français peu habitués à ce genre d’exercice. On pourrait ainsi en conclure que PISA n’est pas porteur d’une vérité absolue sur l’état du système éducatif français.

Les études sur l’éducation convergent

Le fait est que l’étude de l’OCDE est loin d’être la seule à pointer du doigt les défauts du système français. L’étude internationale TIMSS 2015 [1]publiée fin novembre 2016 laissait déjà entrevoir un tableau peu plaisant du système éducatif français, les enfants actuellement en CM1 obtenant aux tests de mathématiques et de sciences des résultats largement inférieurs aux moyennes des autres pays européens (la conclusion de l’étude est que 13% des élèves en CM1 en France ne disposent pas des connaissances élémentaires en mathématiques).

En octobre dernier, une autre étude réalisée cette fois par le service statistique du ministère français de l’Education nationale, la DEPP, révélait que près de 20% des élèves du primaire n’avaient pas les bases suffisantes en français. Enfin, le 18 novembre dernier, le Défenseur des Droits en France (Rapport du 18 novembre 2016 ),  insistait sur  la croissance des inégalités sociales et économiques au sein de l’école, indiquant qu’aujourd’hui, un jeune de milieu populaire a 4 fois plus de risques de devenir un élève à faible niveau qu’un camarade de milieu favorisé.

Le diagnostique est posé

Certes PISA, comme aucune étude d’ailleurs, ne détient la vérité absolue. Il n’en reste pas moins vrai que le système éducatif français est en souffrance et qu’il n’est plus temps de faire l’autruche. Le ministère de l’Éducation nationale actuel reconnaît la situation, mais l’explique par la suppression massive des recrutements d’enseignants dans les années 2008. Oui, bien sûr c’est possible. Mais les résultats de la France étaient déjà mauvais en 2003 et en 2006 et a fortiori aucune des réformes mises en place à ce jour ne laisse supposer que la situation s’améliorera drastiquement d’ici 2018 ou 2021, dates des prochaines études PISA.

Alors que fait-on ?

Nous pouvons attendre un miracle, et par là même laisser attendre des enfants en difficulté et en souffrance (puisque la France est parmi les pays où les élèves sont les plus anxieux à l’idée d’aller à l’école). Nous pouvons multiplier les réformes tous azimuts, celles-ci étant balayées à chaque changement de gouvernement sans même laisser à l’éducation nouvellement réformée le temps de faire ses preuves.

Ou alors, nous imitons ? Le Japon, la Finlande, ou Singapour par exemple, qui dépasse de loin les 71 autres pays participant à PISA. Et pour cause, le pays a fait de l’éducation sa grande priorité : les écoles sont plus autonomes, libres d’innover ; les programmes ont été allégés pour que les enfants n’apprennent plus seulement des connaissances théoriques mais pour qu’ils mènent leurs propres recherches et pour que se développe l’esprit critique et créatif.

L’heure d’une remise en question

L’avenir de notre éducation française n’est à notre avis ni dans le statu quo, ni dans la simple imitation. Car rien ne dit que ce qui marche ailleurs sera performant dans l’Hexagone.

À Aide et Action, nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses, mais nous sommes prêts à débattre. Parmi quelques-unes de nos idées : améliorer la prise en charge et l’éducation des plus jeunes enfants ; développer une meilleure formation des enseignants, initiale mais aussi continue pour les former jour après jour aux défis et attentes du monde de demain ; favoriser la participation des parents à la vie scolaire ; enfin, permettre un travail collaboratif entre tous les enseignants et l’ensemble des acteurs de l’éducation…

Une chose est sûre : il est temps pour le système éducatif français d’être questionné, interrogé, voire peut-être bousculé.

 

Mesdames, Messieurs les candidats à la présidentielle, qui détaillez chaque jour un peu plus ce que sera la France dans les cinq prochaines années, prenez le temps nécessaire pour travailler, étudier et partager votre volet sur l’éducation. Elle a sans aucun doute besoin de vous, de vos idées, des nôtres aussi, mais surtout de votre pouvoir de porter haut et fort le débat. Dans la mesure, bien sûr, où vous souhaitez, comme nous, éviter à la France un nouveau zéro pointé en éducation à l’avenir.

[1] Tous les quatre ans depuis 1995, l’enquête TIMSS, effectuée par une association internationale indépendante, l’IEA, évalue les acquis des élèves en maths et en sciences. Contrairement à Pisa, qui s’intéresse aux performances des élèves de 15 ans (qu’ils aient ou non redoublé), cette comparaison s’effectue par niveau scolaire. En l’occurrence, 4 500 élèves de CM1 ont, en 2015, pris part aux tests.