En photo, Marie-José Chombart de Lauwe lors d'une interview accordée à Aide et Action Crédit: Steven Brochen

Questions d’avenir à Marie-José Chombart de Lauwe

Publié dans Actualités,Éducation

Marie-José Chombart de Lauwe a à plusieurs reprises alerté face à la montée des nationalismes et du racisme en Europe.  Aujourd’hui, alors que les thèmes chers aux systèmes nationalistes et fascistes resurgissent (« notre pays est en décadence », « les coupables sont les étrangers et les politiques impuissants », « le remède consiste à revenir aux vraies valeurs de l’Occident, à la priorité nationale »), l’inquiétude est grande.

 

AEA : Est-ce que vous considérez les grandes migrations forcées de populations comme une menace ?

MJCdL : Du point de vue historique, ces grands mouvements de population ont toujours existé. Lors des grandes glaciations, les populations du Nord se sont déplacées vers le Sud. Elles ont été considérées comme barbares à l’époque par les populations du bassin méditerranéen.  Et actuellement les populations d’Afrique qui remonte, notamment du fait de la famine… Mais au fond, ces grands déplacements pourraient être un accueil, un enrichissement.

L’histoire se répète, comme avec les enlèvements d’enfants (pratiqués sous Hitler, ou sous Varela, en Amérique latine plus tard).  C’est pour ça que je suis très attachée à analyser la racine du mal. Au nom d’une certaine idéologie, on élimine une certaine population, on tue et la haine permet cette destruction d’êtres humains… qui amenaient une certaine diversité.

AEA : Sur quoi s’appuient ces idéologies ?

MJCdL : Ils détournent des thèses scientifiques de leur sens véritable, ils manipulent des jeunes. J’ai pu le constater durant la seconde guerre mondiale et cela se voit encore aujourd’hui.

AEA : Comme il y a une éducation à la Paix, il y donc une éducation à la guerre…

L’image a un grand pouvoir, un grand impact. On l’a vu avec les campagnes qui montraient le juif Süss, les communistes avec le couteau entre les dents…. Ils les montraient noirs barbus, ils faisaient peur. L’image voulait faire peur.

Aujourd’hui, les jeunes sont un peu perdus, ils cherchent à quoi s’accrocher, un idéal… Il faut leur proposer un idéal alternatif, humanitaire, la richesse des êtres humains, leur variété…  Et ça justement, l’art, l’expression, l’image…peuvent servir.

AEA : Comment éviter ces erreurs et construire une société plus démocratique ?

MJCdL : La formation de citoyen suppose une information sur les règles de société et un dialogue.  Il faut un dialogue impliquant avec le jeune. Il faut qu’il s’engage et qu’il sente que ça la concerne pour l’avenir. Je pense que c’est comme ça que l’on va former une société plus démocratique, avec une génération qui sera habituée à travailler comme citoyen. S’engager, accepter, refuser, dialoguer et comprendre pourquoi. Jusqu’à son engagement total. Jusqu’à ce qu’il prenne des risques.

AEA : Prendre des risques au nom de quelles idées ?

MJCdL : C’est refuser l’idéologie raciste et de haine. Et promouvoir quelque chose de nouveau. S’indigner puis s’engager. Quand je me suis engagée, j’avais  17 ans, on risquait le camp de concentration ou l’exécution !

AEA : Et vous êtes optimistes sur nos chances de ne pas reproduire les erreurs du passé ?

MJCdL : Je suis (sourire)…j’ai un pessimisme qui se veut constructif, lucide. Je dirais, un pessimisme de vigilance. Ce qui n’exclut pas que l’on peut transformer les choses !

 

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