Crise mondiale de l’éducation : la Banque Mondiale lance l’alerte 


 

« Les pays en développement sont loin de là où ils devraient être en matière d’apprentissage. Certains n’investissent pas suffisamment financièrement et beaucoup ont besoin d’investir de manière plus efficace. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent : les pays doivent investir dans les capacités des gens et des institutions dont la tâche est d’éduquer nos enfants », explique Jaime Saveedra, Directeur Senior Pour l’Education à la Banque Mondiale. “La réforme de l’éducation est urgente et demande efforts et volonté de tous, les gouvernements, média, entrepreneurs, parents, professeurs et élèves. Ils doivent tous vouloir et exiger un meilleur enseignement et de meilleurs apprentissages.”

C’est avec ce constat sans appel que la Banque Mondiale a publié mardi 26 septembre son tout premier rapport sur l’éducation dans le monde: “Learning to Realize Education’s Promise.”

« La crise des apprentissages est une crise morale et économique »

Sans réelle surprise, son constat est similaire à celui des autres organisations internationales, spécialisées ou non en éducation, comme l’UNESCO : de nombreux enfants sont aujourd’hui scolarisés, (environ 91% des enfants vont à l’école primaire). Pour autant, ils sont loin de maîtriser à la sortie de l’école les apprentissages de base comme la lecture, l’écriture ou les mathématiques. Pour la Banque Mondiale, l’école n’est pas aujourd’hui synonyme d’apprentissages, ce qui prive des millions d’enfants et de jeunes d’opportunités d’emploi et de vie meilleure. A terme, cette éducation de mauvaise qualité ne permettra pas de remplir les objectifs de développement durable, tels que la lutte contre la pauvreté, la famine ou la maladie.

Crise profonde des apprentissages

Selon l’UNESCO, plus de 387 millions d’enfants en âge de fréquenter le primaire (56 %) et 230 millions d’adolescents en âge de fréquenter le premier cycle du secondaire (61 %) n’atteignent pas les seuils minimaux de compétences en lecture et en mathématiques. Chose étonnante : 262 millions de ces enfants et 137 millions de ces adolescents sont bel et bien scolarisés, estime l’UNESCO. Dans son nouveau rapport, la Banque Mondiale qui a mené des entretiens avec une vingtaine de pays, parvient à la même conclusion :

  • Les trois-quart des élèves au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda en cours moyen ne sont pas capables de lire une phrase aussi simple que « Le nom du chien est Puppy ».
  • En Inde rurale, près de 5% des élèves en cours moyen ne savent pas résoudre une soustraction à deux chiffres, la moitié en est incapable en cm2.
  • Les Brésiliens de 15 ans n’atteindront pas le niveau de maths des jeunes des pays riches avant 75 ans. Pour la lecture, cela leur prendra 263 ans.

Même si tous les pays en développement n’ont pas des niveaux de compétences aussi bas, ils sont tous très loin des niveaux auxquels ils aspirent.  Les tests et classements internationaux montre que l’étudiant moyen des pays en développement réussit moins bien que 95% des élèves des pays développés. De nombreux bons étudiants des pays à revenu intermédiaire feraient, dans les pays riches, au mieux partie des plus mauvais élèves.

Recommandations : faire de l’éducation une priorité nationale

Pour faire face au problème, la Banque Mondiale préconise aux pays en développement de faire de l’éducation et de l’apprentissage une priorité nationale à l’instar du Vietnam, qui, bien que nettement plus pauvre que l’Allemagne, a obtenu au test PISA 2012 des résultats équivalents à l’Allemagne.

La Banque Mondiale recommande de :

  • évaluer les apprentissages pour en faire un objectif mesurable : seule la moitié des pays ont des mesures pour mesurer les apprentissages à la fin du primaire et du collège. Or un suivi des élèves est indispensable tant pour les élèves eux-mêmes que pour les enseignants afin qu’ils apportent le soutien et l’accompagnement adéquat. Il permettrait également d’améliorer la gestion des écoles, de centrer l’attention de la société sur la qualité des apprentissages et de placer au centre de l’attention les enfants laissés-pour-compte. Ces mesures pourraient également servir de base aux décisions politiques.

 

  • faire en sorte que les écoles « fonctionnent » pour tous les enfants :

La Banque Mondiale recommande entre autres de réduire la malnutrition et de promouvoir le développement cognitif au travers de programme de nutrition et de stimulation cognitive pour les jeunes enfants de manière à ce que ces derniers soient en mesure d’apprendre.

Elle préconise également une refonte de la profession d’enseignant, notamment en développant des formations sur-mesure pour les enseignants ainsi qu’un système de tutorat pour les plus jeunes recrues.  Par cette disposition, la Banque Mondiale met en exergue un fait trop souvent oublié : l’éducation ne peut être de qualité que si celle-ci est dispensée par de bons enseignants, soit des personnes motivées, qui font carrière dans cette profession.

  • de mobiliser tous ceux qui sont parties prenantes dans l’enseignement : la Banque Mondiale recommande de mobiliser l’ensemble des citoyens et de créer une volonté politique pour une réforme de l’éducation.